Veules Les Roses et le Surtourisme part one

Située entre Dieppe et Fécamp Veules en Caux tente depuis une centaine d’années de se faire une place. Napoléon III ayant interdit les casinos à Paris, chaque village de la côte d’Albâtre s’est dotée d’une infrastructure pour accueillir les joueurs du second empire. Un ou plusieurs hôtels, un casino et des cabines pour les bains de mer. La bourgeoisie emboîtant le pas de l’aristocratie, prenait le train de la ligne Paris-Dieppe puis en carrioles arrivait cahin caha à la mer, au château, au manoir, au chalet. Les guerres, 70, 14-18 et 39-45 ralentirent évidemment cette économie naissante, mais la démocratisation des loisirs finit par imposer un nouveau modèle soutenu par l’automobile, le programme routier et autoroutier, les congés payés et les vacances scolaires. Les campings, colonies de vacances, maisons de mer fleurirent. Le cauchois est cupide, sa préférence va à la terre, le touriste n’est pas forcément bien venu, il dérange mais on prend quand même son argent, sans sourire. La cupidité étant un puissant ressort, on finit quand même par vendre un bâtit de ferme, une vielle longère sans confort, un bout de terrain vue mer sur un plateau dont on connaît la fragilité. Tout compte fait, l’argent facile amadoue les plus rustres aussi. Sur la côte, l’ennemi c’est l’eau. Il pleut, la Normandie est verte on sait pourquoi. Les orages et tempêtes sont fréquents. Tout s’use plus vite, le moral des vacanciers aussi. Le sud est bien plus accueillant, soleil, Méditerranée, promesse d’un teint bronzé et une politique touristique avide des deniers de la jet set comme des classes populaires. Le promoteur s’adapte on fait du moche, on fait du luxe, on fait du n’importe quoi surtout. Si Hermès s’installe à Cannes, les tenants des rênes s’installent sur les côtes de la Manche. À Méditer. Les édiles cauchoises ne purent rien faire contre cette migration, Maupassant et les Impressionnistes non plus. Dieppe perdit de sa superbe, la célèbre maison close de Fécamp ferma pour de bon et la Bénédictine ne saoulait plus les alcooliques mondains. Etretat et son aiguille creuse, ou pas, résista au naufrage, l’abbaye de Valmont aussi, quant au Havre c’est plus compliqué. On pouvait ouvrir des maisons d’hôtes, des gîtes, créer un GR 21, un nouveau golf, vanter, de temps en temps, les charmes de la côtes ventée, le Parisien préfère l’A13 & les TGV sud ou Ouest à la N27, aux tortillards de la gare Saint-Lazare où flânait d’antan Berthe Morisot. Lors de cette débâcle Veules se démène et change de nom, on supprime l’attachement à la craie pour fleurir le fleuve côtier.

Commentaires

Articles les plus consultés